Radon dans le Nord : votre commune est-elle concernée ?
On associe le radon à la Bretagne, au Massif central, aux Vosges. Rarement au Nord. Pourtant, seize communes des Hauts-de-France sont classées en zone à potentiel radon significatif — et neuf d’entre elles se trouvent à l’est du département du Nord, autour d’Aulnoye-Aymeries, en plein Avesnois.
Ce gaz est la deuxième cause de cancer du poumon en France après le tabac. Il est invisible, inodore, sans goût, et la seule façon de savoir s’il est présent chez vous est de le mesurer. Voici comment procéder.
Ce qu’est le radon, en deux minutes
Le radon est un gaz radioactif d’origine naturelle, issu de la désintégration de l’uranium-238 présent dans la croûte terrestre. Il n’a rien d’artificiel et rien d’exceptionnel : il existe partout, à des concentrations variables.
Le problème vient de son accumulation. À l’air libre, il se dilue immédiatement. Dans un bâtiment, il s’infiltre par le sol — fissures de dalle, passages de canalisations, vide sanitaire, cave — et s’y concentre, d’autant plus que le logement est étanche et peu ventilé. Il peut également provenir, plus marginalement, de certains matériaux de construction ou de l’eau de forage.
Deux facteurs déterminent donc votre exposition : la géologie sous vos pieds, et la façon dont votre maison respire. Le premier ne se change pas. Le second, si.
Le risque pour la santé
Le radon se désintègre en particules radioactives à vie courte qui, inhalées, se déposent dans les voies respiratoires et irradient les cellules pulmonaires.
L’Organisation mondiale de la santé le classe deuxième cause de cancer du poumon après le tabac. En France, il est associé à environ 3 000 décès par cancer du poumon chaque année selon l’ASNR (L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection). Le risque croît avec la concentration et avec la durée d’exposition — et il est nettement majoré chez les fumeurs, les deux facteurs se renforçant l’un l’autre.
Il n’existe pas de symptôme du radon. Aucune sensation, aucune odeur, aucun signe dans le logement. C’est précisément ce qui rend la mesure indispensable.
Les Hauts-de-France ne sont pas épargnés
Les seize communes classées en zone 3
Le territoire français est découpé commune par commune en trois zones de potentiel radon, par un arrêté de juin 2018. La région est très majoritairement classée en zone 1, celle du potentiel faible. Mais seize communes sont en zone 3, celle du potentiel significatif :
- neuf dans le Nord, groupées à l’est du département autour d’Aulnoye-Aymeries, dans l’Avesnois ;
- sept dans le Pas-de-Calais, dispersées entre Calais et Saint-Omer.
Deux causes se conjuguent localement : la nature du sous-sol, et la présence d’anciennes galeries qui facilitent la circulation du gaz vers la surface.
👉 Vérifiez votre commune sur le site web de l’ASNR dédié au potentiel radon. La consultation est gratuite et prend trente secondes.
Ce que les mesures de terrain ont montré
Atmo Hauts-de-France (le réseau national d’associations agréées qui surveillent la) a conduit en 2022 et 2023 une campagne de mesures dans les logements de la zone 3, appelée Quantiradon. Dans le Nord, 104 habitations testées ont donné des résultats étalés entre 17 et 459 Bq/m³, et 17 logements dépassaient 100 Bq/m³ — plusieurs points de mesure se situant autour de Marbaix.
Retenez la dispersion : d’un logement à l’autre, dans la même commune et sur le même sous-sol, l’écart va de un à vingt-cinq. Le classement de votre commune ne dit rien de ce qu’il y a chez vous. Il indique seulement s’il est raisonnable d’aller voir.
Zones 1, 2 et 3 : ce que le classement signifie vraiment
| Zone | Ce que dit le classement | Conduite raisonnable |
|---|---|---|
| Zone 1 | Potentiel faible : formations géologiques peu émettrices | Vigilance ordinaire. Une mesure reste utile si le bâti a des points faibles — cave, vide sanitaire, dalle fissurée |
| Zone 2 | Potentiel faible géologiquement, mais des facteurs particuliers peuvent faciliter le transfert du gaz | Mesure recommandée, surtout en maison avec sous-sol |
| Zone 3 | Potentiel significatif : le sous-sol peut libérer des quantités notables de radon | Mesure vivement conseillée dans tout logement occupé, en priorité aux niveaux bas |
Une nuance qui compte : être en zone 1 ne garantit rien. Un logement très étanche, sur cave, mal ventilé, peut accumuler du radon en zone 1 ; une maison bien ventilée en zone 3 peut rester très basse. La géologie donne la probabilité, le bâtiment donne le résultat.
Ce que dit la réglementation
Le niveau de référence est de 300 Bq/m³ dans les logements. Il a été abaissé de 400 à 300 en application de la directive européenne Euratom de 2013. Ce n’est pas un seuil de danger au sens strict : au-dessous, il reste pertinent de réduire ; au-dessus, des actions correctives s’imposent. La concentration moyenne dans les logements français se situe autour de 90 Bq/m³.
Pour les établissements recevant du public — écoles, crèches, établissements sanitaires et sociaux, établissements pénitentiaires, thermes — situés en zone 3, une évaluation du risque est obligatoire. Elle s’appuie sur la configuration et l’environnement des locaux ; si elle ne permet pas d’écarter le dépassement du niveau de référence, un mesurage doit être réalisé.
Pour les particuliers, à la vente ou à la location : en zone 3, le potentiel radon de la commune doit figurer dans l’État des Risques remis à l’acquéreur ou au locataire. C’est une information sur la commune, pas une mesure du logement — beaucoup de gens confondent les deux.
Comment mesurer chez vous
La mesure se fait avec un dosimètre passif, un petit boîtier sans électronique ni alimentation, que l’on laisse en place puis que l’on renvoie en laboratoire pour lecture. Les dosimètres Kodalpha sont les plus courants ; la boutique de la CRIIRAD en propose aux particuliers.
Quatre règles conditionnent la validité du résultat :
- Mesurer pendant la période de chauffe, entre octobre et avril. En été, portes et fenêtres ouvertes, vous mesurerez un logement qui n’existe pas le reste de l’année.
- Laisser le dosimètre en place au moins deux mois. Les concentrations varient énormément d’un jour à l’autre selon la météo et la pression atmosphérique : une mesure courte ne veut rien dire.
- Le placer dans les pièces réellement occupées, aux niveaux les plus bas — séjour, chambre du rez-de-chaussée. Pas dans la cave, sauf si quelqu’un y vit.
- Ne rien changer à vos habitudes pendant la mesure. Le but est de savoir ce que vous respirez, pas ce que vous respireriez en aérant davantage.
Si le résultat dépasse 300 Bq/m³
Pas de panique : l’exposition se compte en années, quelques mois de plus ne changent rien à votre risque. Les actions se hiérarchisent du plus simple au plus lourd.
D’abord, ventiler. Aération quotidienne, vérification et nettoyage des entrées d’air et des bouches d’extraction, remise en service d’une VMC à l’arrêt. C’est gratuit ou presque, et cela suffit dans un grand nombre de cas.
Ensuite, étanchéifier. Colmatage des fissures de dalle, traitement des passages de canalisations et de gaines, isolation de la trappe de cave, étanchéité du vide sanitaire.
Enfin, si nécessaire, traiter le sol. Ventilation du vide sanitaire, ou système de dépressurisation du sol — un puisard relié à un extracteur qui capte le gaz avant qu’il n’entre. C’est le recours des situations élevées, et cela relève d’un professionnel du bâtiment.
Puis remesurer. Une correction ne se juge pas au ressenti.
Des aides financières peuvent être mobilisées selon votre situation : Agence nationale de l’habitat (Anah), collectivités locales, Carsat, caisses de retraite et mutuelles. Renseignez-vous avant d’engager les travaux, pas après.
Comment j’interviens
Je suis géobiologue, formé au risque radon, enregistré au Registre National des Géobiologues Professionnels sous le n° 296, membre de la Fédération Française de Géobiologie et adhérent à la CNG. J’interviens dans le Nord, l’Avesnois, les départements limitrophes et Belgique.
Concrètement, je pose et relève les dosimètres, je situe le résultat par rapport à la configuration de votre logement — sous-sol, dalle, ventilation, cheminements possibles du gaz — et je vous remets un rapport avec des préconisations hiérarchisées. Le radon fait partie du diagnostic global d’habitation, aux côtés de l’environnement électromagnétique et des caractéristiques du sous-sol.
Ce que je ne fais pas : je ne réalise pas les mesurages réglementaires des établissements recevant du public. Ceux-ci relèvent d’organismes accrédités, et si votre besoin est réglementaire, c’est vers eux qu’il faut vous tourner — je vous le dirai.
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Questions fréquentes
Comment savoir si ma commune est en zone radon ?
En consultant le site web de l’ASNR, qui donne le potentiel radon commune par commune. Dans les Hauts-de-France, seize communes sont classées en zone 3 : neuf dans le Nord autour d’Aulnoye-Aymeries, sept dans le Pas-de-Calais entre Calais et Saint-Omer.
Combien coûte une mesure de radon dans une maison ?
Un dosimètre passif pour particulier coûte quelques dizaines d’euros, analyse comprise. C’est l’investissement le plus faible de tous les diagnostics d’habitation, pour l’un des risques les mieux documentés.
Ma commune est en zone 1, suis-je tranquille ?
Le classement indique une probabilité liée au sous-sol, pas un résultat. Un logement étanche, sur cave, avec une ventilation défaillante, peut accumuler du radon en zone 1. Si votre maison présente ces caractéristiques, une mesure reste justifiée.
Le radon apparaît-il dans le diagnostic immobilier ?
En zone 3, le potentiel radon de la commune doit figurer dans l’État des Risques remis lors d’une vente ou d’une location. Attention : c’est une information sur la commune, pas une mesure de la concentration dans le logement. Les deux sont souvent confondues.
Aérer suffit-il à régler le problème ?
Souvent, oui, pour les situations modérées — et c’est toujours le premier réflexe. Sur des concentrations élevées, il faut y ajouter l’étanchéité des points d’entrée, voire un traitement du sol. Dans tous les cas, une nouvelle mesure après travaux est indispensable.
Je suis fumeur, cela change-t-il quelque chose ?
Oui, et c’est important : les deux facteurs se renforcent mutuellement. Le risque lié au radon est nettement plus élevé chez les fumeurs que chez les non-fumeurs, à concentration égale. C’est la population pour laquelle une mesure a le plus de valeur.
Sources
- ASNR — Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, dossier radon
- ASNR — connaître le potentiel radon de ma commune
- Atmo Hauts-de-France — rapport Quantiradon 2022-2023
- CRIIRAD — Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité
- Légifrance — Arrêté du 30 juin 2021 relatif aux lieux de travail spécifiques pouvant exposer des travailleurs au radon